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Restaurations

 

AUTO-Biographie

 

Histoire mouvementée de ma B12-Bourguignonne

par Henri JUST


Chapitre I

     

Chapitre II

     

Chapitre III

     

Chapitre IV

     

Chapitre V

     

Chapitre III - «Le «Gazo» du Pâquiot».

 

La Françoise n'est plus là...et c'est l'automne, chanté par le poète:
« Salut, bois couronnés d'un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons, épars ! ... »


Bon...mais en 1943, pas sûr que les vers de Lamartine suscitent le moindre écho parmi l'équipage de la B12 qui, ce matin là, «monte au maquis».
Il y a là le Jacques, un petit cousin de la Françoise et trois copains, tous du village de Vendennesse. Comme aucun ne sait conduire, le chef des maquisards a envoyé son chauffeur les chercher, à vélo, avec deux bidons d'essence dans les sacoches. Alors, vous pensez, il fait la gueule, le chauffeur ... lui, l'As de la Traction!
Il se demande bien à quoi pourra servir cette vieille carriole?

 

Dans la montée vers le bois, ils rattrapent un courageux cycliste qui, ayant mis pied à terre, pousse à grand peine sa machine attelée à une charrette surchargée.
Le chauffeur s'arrête et déclare qu'«on va prendre le Pâquiot».

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Petite parenthèse :
Le Pâquiot (son surnom) était un de ces personnages d'exception qui facilitèrent grandement la vie quotidienne des résistants, au cours de la dernière guerre. A la fois agent de renseignements, de liaison et de ravitaillement, il cachait une brillante culture derrière une grande simplicité. Il était capable de se montrer insignifiant pour mieux passer inaperçu ... en cette époque dangereuse.

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Assis aux côtés du chauffeur, il eut vite fait «d'affranchir» ce dernier à propos du devenir de la B12 : L'auto était déstinée à remplacer sa charrette qui livrait donc aujourd'hui son dernier chargement de patates et de cochon salé aux gars du maquis.
Bientôt, tout le monde allait y gagner!
Seulement voilà : sous l'occupation, seuls les allemands, les gendarmes et les résistants possédaient de l'essence. Le Pâquiot avait compris que, pour ne pas être remarqué, il fallait modifier quelque chose...
Il gagna (prudemment) l'usine des Forges de Gueugnon (1) où une réunion de bureau d'étude s'improvisa dès son arrivée. Il expliqua son projet tout en dessinant à même le sol. Les autres, «bluffés» apportèrent leur concours et leurs compétences.
Une semaine plus tard, l'ex carriole de la Françoise se retrouvait «affublée» d'un gazogène ... totalement «bidon» ! ... Un petit coup de génie du Pâquiot!
D'un côté de la voiture, le générateur de gaz, sorte de grand poêle à bois n'était destiné qu'à enfumer (au propre et au figuré) les curieux. De l'autre côté, un haut cylindre de tôle, sensé être l'épurateur des gaz, servait en fait de coffre fort-cachette à la camionnette qui, en tant que véhicule utilitaire, se vit accorder une autorisation de circuler par l'Etat Français ... Et de l'essence par la résistance !

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Dès lors, le Gazo du Pâquiot, connu comme le loup blanc, ne ménagea guère sa peine pour ravitailler les différents lieux peu accessibles où se regroupaient les maquisards. On peut se demander aujourd'hui comment la redoutable «feldgendarmerie» ne découvrit jamais rien?
Il faut dire que le Pâquiot, à la fois psychologue et comédien, savait renifler et déjouer les dénonciateurs potentiels. Par ailleurs, il ne rechignait pas à transporter (cette fois-ci au grand jour) le bois de chauffage pour la mairie, l'hôpital et l'école ... ce qui lui valait de nombreuses amitiés ... et la primeur des bonnes informations.

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Je termine ce chapitre par une anectode :
Par un froid matin d'hiver, un pêcheur des bords de Loire tomba en arrêt devant la B12 cachée dans les «verdiaux» (2) . Un peu plus loin, le Pâquiot, accroupi au milieu des herbes aquatiques gelées, semblait faire une vaisselle de saladiers, bols et couverts en bois dans l'eau glacée du fleuve.
En honnête homme, le pêcheur garda pour lui son étonnement en se disant qu'il comprendrait peut-être un jour ...
A la fin de cette même journée, on vit le Gazo qui semblait peiner comme jamais pour monter vers les bois. Malgré le froid, le Pâquiot, en sueur, roulait vitres ouvertes, à la vitesse d'un escargot, évitant soigneusement le moindre nid de poule.
Les rares témoins pensèrent assister aux derniers souffles de l'auto et en ressentirent une grande tristesse ...
Longtemps après, le brave pêcheur apprit incidemment que les résistants utilisaient des récipients en buis ou en olivier, trempés dans la glace, pour fabriquer avec moins de risques, la nitroglycérine ... produit de base pour leurs explosifs artisanaux.
Si vous avez vu « Le salaire de la peur », vous comprendrez pourquoi le Pâquiot et sa chère voiture roulaient si doucement ce soir là ...

 

A suivre ...

(1) La ville n'était pas encore connue pour son équipe de Foot.
(2) Verdiaux ou veurdiaux: arbustes des bords de Loire

Chapitre I

     

Chapitre II

     

Chapitre III

     

Chapitre IV

     

Chapitre V

     
 

AUTO-Biographie

 

Histoire mouvementée de ma B12-Bourguignonne 



Chapitre I

     

Chapitre II

     

Chapitre III

     

Chapitre IV

     

Chapitre V

     

 

Chapitre II - « la carriole de la Françoise ». 

 

Au lendemain de la catastrophe, la Françoise surprit ses proches par sa décision de se rendre sur le marché d'Autun plutôt qu'à celui du canton pourtant tout proche... 

Partie avant le jour, elle marcha longtemps jusqu'à la gare du chemin de fer départemental. Le « Tacot » l'emmena, souvent précédé par son panache de vapeur et de fumée car il se déplaçait moins vite que le vent! 

Arrivée à la grande ville, elle se dirigea sans hésiter dans une direction bien différente de celle du marché...et s'engouffra sous un porche à l'enseigne :  

Jules Larivière et Fils - Charron – Peintre en équipages1

1Jadis les équipages étaient constitués des voitures, des chevaux et des cochers. On ne peignait, bien sur, que les voitures... 
 
Elle venait rencontrer là une vieille connaissance: Jean, son conscrit, le fils de la maison. On le disait passionné de mécanique et le père Jules, ma foi, ne voyait pas d'un trop mauvais oeil les idées de son fils. 

Ma grand-mère passa, avec ce dernier, un marché « gagnant-gagnant » comme on dirait aujourd'hui. Il lui fallait à présent un peu de patience... 

Deux jours plus tard, grace au « Tacot » et à son vélo embarqué dans le fourgon à bagages, le Jean arrivait au village de Saint Eugène. Il contempla la B12 gisant dans la mare avec un regard de chef de chantier. Lui, savait comment était construite une automobile...Malgré l'eau et la vase, il entreprit immédiatement de la démonter. 

Chaque pièce fut soigneusement répertoriée et rangée, là-haut, dans la grange. 

Jean pensait conduire sa tâche discrètement...peine perdue: les curieux s'en allaient colporter les nouvelles au bistrot du bourg dont la fréquentation augmentait de jour en jour. La patronne, d'abord amusée, prit très vite la mesure des retombées économiques de l'évènement. Avec une grande habileté elle sut enflammer les conversations et susciter des paris à propos de ce que pouvait bien faire le gars d'Autun dans le pré aux moutons :  

·         Est-ce qu'il démolissait la voiture?

·         Est-ce qu'il récupérait « de la mécanique » ?

·         (Avec un demi-siècle d'avance, le village découvrait les problèmes du recyclage!)

 Il y eut même deux clients pour prétendre qu'il était peut-être bien en train de la reconstruire...

Ce fut alors l'hilarité dans l'estaminet, suivie par l'arrivée d'une nouvelle tournée générale!

La patronne était aux anges car si la vente du journal baissait un peu, le volume des consommations explosait.

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 Enfin, un beau jour, il ne resta plus rien au bord de la mare, Jean s'était enfermé dans la grange...

A Saint Eugène, on l'oublia.

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 Un vieux berger solitaire, affirma à qui voulu l'entendre que le dimanche des Rameaux à l'heure où tous les habitants du village (sauf lui1) étaient à l'église, il avait vu au loin, un étrange engin, avec un nez de voiture, un embryon de cabine et presque rien derrière, sortir d'une cour de ferme et disparaître par le chemin de la « montagne ».  

Trois semaines après la Françoise découvrait une véritable merveille dans la cour des établissements LARIVIERE : le Jean avait « peaufiné » la mécanique et le père Jules retrouvé ses doigts d'ébéniste pour construire une magnifique benne en bois verni abritée par une capote repliable contre la cabine. Quasiment le premier pick-up de l'histoire !

De chaque côté un panneau peint avec amour annonçait fièrement :  

-Automobiles Larivière à Autun-

 Ce jour là, Jean ouvrit officiellement son garage avec ce premier véhicule et ma grand-mère prit sa première leçon de conduite.  

Dans les mois qui suivirent, la Françoise fréquenta avec une grande régularité les marchés à Autun...

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Un an plus tard (environ) ...

 

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  Une voiture quitte la ville par le sud en longeant l'Arroux. A bord, on ne parle guère. (il faut dire que le véhicule est bruyant). Ses deux occupants pensent au chemin parcouru. 

  Jean est devenu concessionnaire Citroën à Autun. Aujourd'hui, il rend définitivenment la 10 HP devenue B12 Bourguignonne2 à Françoise qui conduit désormais « son » auto, aussi émue que fière.  

Elle appréhende un peu le moment où après avoir déposé son passager à la gare de Toulon, elle prendra seule la route de son village (7 km3), devenant ainsi la première paysanne de la région à rouler carrosse.

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  Cette B12 restera toujours dans les mémoires « La carriole de la Françoise ». La voiture connaîtra pourtant d'autres vies et d'autres compagnons... 

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  Pour le troisième chapitre, rendez-vous à l'automne 1943. Ceux qui s'intéressent à la grande Histoire ont déjà leur petite idée...Ils ont raison! 

A Suivre...

1La coutume voulait que le vent qui soufflait durant la messe des rameaux, serait le vent dominant de l'année à venir. Tous les habitants se rendaient donc ce jour là à l'église et les hommes sortaient au milieu de la cérémonie pour « observer »...

2Nom donné par la maison LARIVIERE qui en construira une petite série à partir de chassis de B14 sortis entre temps.

3J'ai eu la joie de prendre cette route avec la même voiture quatre vingt ans plus tard


Chapitre I

     

Chapitre II

     

Chapitre III

     

Chapitre IV

     

Chapitre V

     
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